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Chapitre 2 : Les matières premières

Les colles animales

Elles sont principalement constituées de gélatines sous toutes leurs formes et provenant donc exclusivement d'animaux.


La colle d'Orléans et les meilleures ichtyocolles ou colles de poisson étaient à base de vessie natatoire d'esturgeons de la mer Caspienne bouillie avec adjonction d'eau de chaux. La tentation d'y mêler la peau, l'estomac et les intestins et de recourir à d'autres poissons moins rares, comme la morue, conduisait à des colles de moindre qualité. Les rubaniers, les soyeux, les pharmaciens et médecins, les orfèvres et bijoutiers, viticulteurs et cabaretiers utilisaient ces colles pour donner du lustre à leurs rubans, blanchir les gazes et faire des emplâtres, fixer les écailles d'ablette dissoutes à l'intérieur de globules de verre creux pour la fabrication de perles artificielles voire la fixation des pierres précieuses en y ajoutant un peu d'alcool, de gomme ammoniaque et de mastic, coller (clarifier) le vin et la bière et éclaircir le café. La peau des malheureuses anguilles y passait aussi: bouillie avec de l'eau de chaux, additionnée de blanc d'oeuf, elle faisait la joie des doreurs pour la fixation de leurs feuilles d'or sur bois ou bronze.


Il n'y avait pas que les marins-pêcheurs à participer à la confection de ces colles animales. Les équarrisseurs, les tanneurs, gantiers et bouchers étaient aussi de la partie. La fameuse colle d'Angleterre ou colle forte, les colles de pieds et de peau de mouton, de cuir de veau et les colles de gant étaient bien le dernier usage que l'on pouvait faire des pieds, peaux, nerfs, cartilages et os concassés, rognures de gants blancs et parchemins. Aux merveilleuses pâtes ainsi obtenues après macération, bouillissage et rinçage à l'eau, les maîtres-colleurs parfaisaient leur oeuvre avec adjonction - suivant le cas - d'huile d'olive (vieille), de graisse, de suif, de figues, d'arrow-root (fécule tirée des rhizomes du Marenta), d'alcool, de blanc d'oeuf, de plâtre, d'acide et de chaux vive, et toujours, l'eau.
Dans certains cas, les anglais n'hésitaient-ils pas à remplacer les abats par du fromage pourri !

Nous ne pouvons résister à l'envie de vous donner la recette intégrale et délicieuse de la colle à bouche et de celle de la colle à verre :

 

La colle a bouche:

"Prenez une once de colle de poisson, deux gros mesures de sucre candi blanc, et un drachme de gomme adragante ; prenez ensuite des rognures de parchemin bien nettes ; versez une chopine d'eau claire par dessus ; faites bien bouillir, filtrez cette eau, et la versez sur les matières susdites ; faites-les réduire à la moitié par la cuisson ; retirez le mélange du feu, et faites-en de petites bandes, ou donnez-lui la forme que vous voudrez."
Cette colle - pour des raisons évidentes - pouvait être aromatisée avec de l'essence de citron.
Pour l'employer, on la ramollissait dans la bouche en l'imprégnant de salive, puis on la posait entre les parties que l'on voulait coller et qu'on enduisait en lui donnant un mouvement de va-et-vient ; il suffisait ensuite de frotter ces parties avec un corps dur et lisse, pour qu'elles adhèrent fortement ; entre le frottoir et le papier que l'on voulait coller, il fallait placer une bande de papier commun pour empêcher que le premier ne soit plissé ou déchiré.
Cette colle gélatineuse sèche était employée à froid pour coller le papier sur les planches à dessiner, ou pour réunir plusieurs feuilles de papier les unes à la suite des autres.

 

La colle a verre

"Prenez des limaçons, exposez-les au soleil (charmant), recevez dans un vaisseau la liqueur qui en distillera, extrayez le lait du tithymale ; mêlez ce lait & le suc de limaçon, collez, & exposez au soleil (encore) les verres collés."

Les menuisiers, ébénistes et relieurs pour coller le bois et carton, les illustrateurs, les photographes qui, avec du blanc d'oeuf, de l'eau et un coup de fer à repasser réalisaient des planches multi-couches de papier et de colle pour fabriquer leurs cuvettes photographiques, les chimistes, opticiens, médecins et savants pour coller les tubes de verre dans les montures en cuivre en passaient également par les colles animales. Pour coller les étiquettes sur leurs pots de fer et qu'elles y restent, les pharmaciens mélangeaient un peu d'acide chlorhydrique et de blanc d'oeuf.

 

 

 

 

Les colles végétales Colles mixtes


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